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Artistes & graffeurs Portraits

Des couleurs et des potes

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Crédit photo holic

Chaud, attention chaud ! Une bande de potes, un mur, de la couleur, on est bon. Si vous avez besoin de motiver Kali et sa bande pour venir graffer par chez vous, c’est tout ce qu’il faut. C’est ce qu’a d’ailleurs fait Urban Art up et sa présidente Véronique Codignola lorsqu’il a fallu lancer un appel à projet afin de relooker l’ancienne cave coopérative de Torreilles. Projet d’ampleur vu le volume de la bâtisse mais projet novateur et inspirant car il fallait concilier l’histoire du lieu et son patrimoine riche tout en lui insufflant une vitalité nouvelle. Véro a donc joué de ses contacts notamment avec Kali et Trom pour convoquer tout la bande pour deux journées de peinture intensives.


C’est donc bien d’amitié dont il s’agit pour cette bande des quatre, originaires de Toulouse et sa région. Précision faite, plutôt des cinq, car on notera la présence d’une pièce rapportée originaire de la Réunion où Trom a vécu pendant deux ans et où il a rencontré Puler qui peignait déjà là-bas : « je peignais à la Réunion, j’avais un crew. Ça fait six ans maintenant que je suis en Métropole. »
C’est ce que nous raconte Trom, le plus posé de la bande :  » J’ai rencontré Kali et 2700 dans des terrains, des friches ». Osat et son look de festivalier de préciser : « tout ça date d’ une quinzaine d’années ». C’est donc autour de cette passion commune pour le graff, découvert dans les années 90 que le groupe se structure. Comme le raconte Trom : « Je fais du dessin depuis toujours. J’ai découvert le graff à mon arrivée au lycée à Toulouse. Ce qui m’a plu là-dedans, c’est que j’en avais un peu marre de ce qui existait. Même chose pour Osat : « j’ai commencé il y a une vingtaine d’années, même si je m’intéresse au dessin depuis toujours. Ce que j’aimais, c’était reproduire les personnages de B.D.

D’abord, les plus traditionnels puis je suis passé aux personnages plus carrés, plus humoristiques comme ceux de Fluide Glacial. Au début, je faisais du tag, je traînais dans le milieu du skate. Puis, j’ai eu envie de faire plus gros. » Kali, lui, s’intéresse au figuratif depuis quelques années seulement : « je me suis mis à travailler sur les personnages, le fond, les animaux.
Depuis quinze ans que je travaille sur les lettres, j’en ai toujours pas fait le tour ! » Une prédilection pour le figuratif que l’on retrouve chez les autres également comme Ulper : « Moi, je suis lettreurgraffic.

Je fais peu de personnages, je m’y suis mis dernièrement parce que dans mes projets, je fais plus du figuratif. Ce qui me fait délirer, c’est de déformer dans tous les sens. » Trom et Osat se retrouvent davantage sur la perspective. Ainsi Trom : « je fais de la trois dimension avec beaucoup de lettrages. Mes sources d’inspirations sont les graffeurs allemands. » Dans le même sens pour Osat : « je fais des lettres 3D torsadées même si maintenant que je suis dans le milieu des artistes, je fais aussi de la déco, je bricole à mort, j’aime bien recycler des palettes, repeindre des meubles aussi. » Si Osat a dû s’arrêter un temps en raison de sa vie de famille, le plus aguerri du groupe, Mr 2700, affiche déjà « vingt-cinq ans de graff » au compteur : « Depuis 94, j’ai plus jamais arrêté. Depuis mon premier tag en fait ! »

Vous l’aurez compris, le groupe, le lieu et l’ambiance ont permis à chacun d’entre eux l’entrée dans le monde du graff. Dans le cas de Kali et de Puler, ce sont également les parents qui ont pu jouer un rôle. Ainsi Kali raconte que bien avant d’exercer sa passion avec sa bande de copains, ce sont ses parents qui lui ont offert deux bombes comme cadeau d’anniversaire pour ses six ans, ainsi que leur garage pour s’exercer. Quant à Puler, il a toujours baigné dans un univers artistique : « Mes parents sont tous les deux peintres. Ce sont eux qui m’ont poussé au début. »
Vous me direz, la passion c’est pas tout. Comment durer ? Comment faire du graff un métier à temps plein ? Car, en dehors de Puler qui avoue ne pas être « dans une démarche pro » Et qui souhaite conserver le « kiff » du graff et son essence qui se trouve « ailleurs », comme il nous l’explique : « Le graff, c’est être libre. Une partie du graff qui cherche à s’institutionnaliser en se mettant à la portée des gens perd de son identité. Si une partie plaît tant mieux, ça fait vivre les copains ! Il faut faire la distinction entre l’effort que c’est de faire des graffiti dans des usines désaffectées et le fait d’avoir des murs à dispo comme ici. Je dis rien, c’est cool. On va me prendre pour un puriste mais notre art,
c’est un peu différent de ça : le graffiti, c’est de nuit, c’est revendicatif, pas par rapport aux autres personnes, mais par rapport au système. C’est les valeurs du hip-hop, en fait ! »

A contrario, la démarche de Mr 2700 offre un parcours assez atypique : « j’ai été le premier à monter une S.A.R.L. autour du graff, à travers laquelle j’ai pu mettre en lien des collègues de Paris et de Toulouse. Je suis le chef d’entreprise de la bande ! Les autres (Kali, Trom et Osat) bossent en indé, donc c’est moi qui les contacte souvent pour des commandes ou des réalisations. J’ai pas mal de contacts et de plans sur Toulouse, Bordeaux, Paris. C’est normal, à force de peindre on est amené à rencontrer des gens. Mais, on peut aussi travailler pour des marques ou pour la mairie de Toulouse.

Kali rappelle la dernière expo qui a permis de réunir quarante artistes pendant un mois afin de décorer l’Ancienne Cartoucherie de Toulouse : « En fait, l’investissement reste le même que ce soit une déco, du bénévolat, de la peinture. On se donne toujours autant. L’important, c’est de ne pas être blasé et de fournir le même type d’investissement, peu importe le lieu et le travail. » Trom le dit sans détour : « je profite de l’engouement pour le street-art. Quand j’ai commencé à faire des expos de mes toiles en 2003-04, ça n’intéressait personne ». Kali ajoute : « il y a de plus en plus d’expos et on est content de pouvoir en faire. »

D’ailleurs de don et de partage, il en est aussi question pour Mr 2700 : « Moi, ce qui me ferait plaisir. C’est de donner du temps à des associations comme Amnesty International, par exemple. » C’est d’ailleurs pour ça qu’ils ont répondu au projet du 20/20 et à son organisateur Raph Dumas.
Comme le dit Kali : « L’endroit est super tout comme l’ambiance. Quand c’est pour de l’associatif ou du don, on sait que l’état d’esprit sera bon, que ce sera agréable. On peut passer de supers moments de partage et c’est plus fort, justement parce qu’il n’y a pas d’argent. Ce n’est pas une commande, c’est du partage et on donne le meilleur de nous-mêmes comme d’habitude. Du coup, on est bien content d’être venu ! Parce que peu importe le thème, l’important c’est de faire ce qui nous plaît. »

Trom rappelle le travail en amont : « on a travaillé sur le thème des jeux vidéos en adaptant le code couleur aux lettrages et aux personnages. » Et Osat d’ajouter : « on a opté pour Street Fighter parce que c’est un jeu mythique avec plein de personnalités. » Mr 2700 d’interrompre : « c’est moi qui ai fait le logo ! »

Osat de poursuivre : « c’est un jeu qui a marqué d’autres générations en plus. On a fait une palette avec des propositions pour nous, mais aussi pour que ce soit à disposition. On a choisi quels éléments pouvaient coller par rapport au lieu. Comme on avait la possibilité de monter plus haut, ça a pu prendre une autre dimension. En fait, l’inspiration vient surtout du lieu, nous, on s’adapte à ce qui a déjà été fait.’ Et Mr 2700 de préciser : « Moi , je fais pas de maquette, de sketch. J’ai un parti pris pour le vandalisme. Ce qui me plaît, c’est le spontané : ce que je préfère, c’est le kiff de l’instant, du moment. »

Continuez de kiffer et de nous faire kiffer, c’est bien tout ce que l’on souhaite à ces cinq fantastiques-là !

Nawel Moulay pour Urban Art up.

Crédit photo holic

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